• Le prêteur, son ombre

    — 2016
    dimensions variables, acier, aimant, étain, fibre de verre, résine epoxy, pigments, crayons de couleurs, gouache
  • Le prêteur, son ombre

    — 2016
    dimensions variables, acier, aimant, étain, fibre de verre, résine epoxy, pigments, crayons de couleurs, gouache
  • The master

    — 2016
    28 × 24 × 5.5 cm, acier, fibre de verre résinée, pigments, peinture
  • Le petit verre

    — 2017
    38 × 110 × 44 cm acier, fibre de verre, résine époxy, pin, peinture, pigments
  • La boussole

    — 2016
    45 × 43cm × 29 cm acier, petite cuillère, aimant
  • À petits singes, Z doesn’t know

    — 2015
    30.8 × 38 cm, acier, fibre de verre résinée, pigments, peinture
  • Correspondance, after the sun

    — 2015
    60 × 45 × 82 cm , fibre de verre résinée , OSB, pigments, peinture, laiton
  • Les inconstants

    — 2016
    35 ×  45 cm peinture sur contreplaqué
  • Vague à l'âme

    — 2015
    48 × 45 × 19 cm fibre de verre, résine epoxy, pigments, peinture, acier, laiton
  • Le souffleur

    — 2016
    acier peint, miroir sans tain, iphone

On est arrivé là, il y a quelque temps. Je n’arrive pas à me souvenir quelles nuances adoptait le ciel, mais je crois qu’il était terni par les incidences de la dernière éclipse. Tout est différent depuis l’éclipse. La période d’acclimatation n’est plus chiffrable, les variations sont de plus en plus instables. L’ellipse a modifié notre perception du temps et l’aiguille de la boussole s’affole effaçant nos derniers espoirs de directions. Les murs de la chambre ont été faits sur un logiciel 3d, mais aucune texture ni couleur n’a été ajoutée, ce sont seulement des nuances de gris qui créent les ombres. Cé dort à côté de moi. L’obsession du dernier soleil l’épuise. Il est tôt ou très tard, la faiblesse lumineuse laisse penser qu’on est a

On est arrivé là, il y a quelque temps. Je n’arrive pas à me souvenir quelles nuances adoptait le ciel, mais je crois qu’il était terni par les incidences de la dernière éclipse. Tout est différent depuis l’éclipse. La période d’acclimatation n’est plus chiffrable, les variations sont de plus en plus instables. L’ellipse a modifié notre perception du temps et l’aiguille de la boussole s’affole effaçant nos derniers espoirs de directions. Les murs de la chambre ont été faits sur un logiciel 3d, mais aucune texture ni couleur n’a été ajoutée, ce sont seulement des nuances de gris qui créent les ombres. Cé dort à côté de moi. L’obsession du dernier soleil l’épuise. Il est tôt ou très tard, la faiblesse lumineuse laisse penser qu’on est au début d’une journée. Cé dort profondément, il laisse échapper un léger ronflement. Sa respiration forte légèrement haletante m’empêche de dormir. Il prend toute la place, je commence à suffoquer, j’essaye de le pousser mais il ne bouge pas. u début d’une journée. Cé dort profondément, il laisse échapper un léger ronflement. Sa respiration forte légèrement haletante m’empêche de dormir. Il prend toute la place, je commence à suffoquer, j’essaye de le pousser mais il ne bouge pas.

Il y a quelques mois, je ne me souviens plus exactement d’une date précise, l’éclipse était annoncée. Début février, je trace la même ligne comme tous les matins, hyper excitée par cette journée à la temporalité déboussolée. Un rond d’un noir intense se dessine dans un creux du ciel. Le paysage s’opacifie d’une même teinte, c’est gris. Il n’y a pas eu d’éclipse de cette intensité depuis plusieurs décennies. On a d’abord pensé à une situation provisoire, mais les jours suivants ont gardé cette tonalité étrange et la mélancolie est devenue un sentiment commun.

Au 6e étage la perception était brouillée par les vitres teintées et les sculptures commençaient déjà à se dépigmenter. L’horizon était encore bien défini même si le ciel commençait à se confondre avec le sol. Les jours ont commencé à se ressembler. Les salles du musée se vidaient et l’eau des bouteilles s’évaporant aux pieds des chaises restait la seule activité d’incorporation. Il a fallu mettre en place des stratégies efficaces, face à une saison qui se refroidissait et figeait la moindre matière. Les cheminées avaient été réhabilitées après une longue période d’inactivité. À présent elles étaient alimentées nuits et jours, tout le monde investissait sa nouvelle tâche. Elles étaient reliées par des câbles non combustibles qui alimentaient un soleil artificiel. Cette technique peu fiable et très rudimentaire permettait d’économiser la surconsommation d’électricité. L’idée avait été inspirée d’une peinture au 5e étage.

Plusieurs soleils artificiels avaient été construits rapidement pour être stockés dans des entrepôts secrets en bordure de ville. On en avait créé de différentes tailles et coloris palliant aux changements de saisons et horaires mais les pigments n'accrochaient pas sous les chaleurs. Tous finirent par diffuser une tonalité n&b. Ces nouveaux soleils demandaient un entretien d’une extrême rigueur. Le lever et le coucher n’étaient plus perceptibles et le soleil ne chauffait jamais assez fort. Plusieurs équipes se sont mises à penser la création de nouveaux soleils. Une projection avait été installée mais elle ne réglait pas les problèmes de gel. La projection avait été conçue pour donner l’illusion d’un vrai soleil, du souvenir qu’il nous en restait. De nombreux débats ont eu lieu pour définir les rythmes, variations et nuances, mais personne n’avait le même souvenir et l’instabilité des rythmes lumineux finissait par nous affaiblir. Il fallait se rendre à l’évidence, la situation était provisoire. Il fallait trouver un dispositif plus pérenne. Le ciel s’était épaissi en masse grise, un écran opaque qui ne réfléchissait plus aucun rayon.

Je tente de m’extraire du lit. Touche pour me souvenir. La nuit atteint son dernier cycle. La buée prise dans l’interstice du double vitrage dessine les formes d’un nouveau paysage. J’ouvre le rideau, mais rien n’a changé. Je retourne sur l'îlot, serre fort la main glacée de Cé et tente de me rendormir.


«Fire night»— Publication : Sur la page, abandonnés, éditions extensibles Margot Pietri



  • À petits singes, Zut

    — 2015
    acier, fibre de verre résinée, peinture, aluminium, contreplaqué, ipad, miroir sans tain
La story,(dit aussi le deuil des amants)
  • No doubt

    — 2016
    47.5 × 37.5 × 9 cm acier, fibre de verre, résine epoxy, pigments, peinture, crayon graphite
  • L'a peu près

    — 2017
    80 × 62 cm acier, peintures, fibre de verre, résinées époxy, crayons de couleurs, gouache
  • L'arpenteur

    — 2016
    fibre de verre résinée epoxy, pigments, gouache
Holly
  • Au premier jour et bleues baskets

    — 2015
    alluminium, pin, résine epoxy, pigments
Holly
  • Electro

    — 2015
    26 × 17 cm fibre de verre, résine epoxy, peintures, pigments
Holly
  • Holly

    — 2014
    contreplaqué, peinture, verre, vidéo 16:9 en boucle 4.48 mins, lecture de Lou-maria LeBrusq

De la sculpture à l’écriture, Margot Pietri dépeint un paysage désolé et privé d’action. Les repères y sont altérés, les mesures inexactes. Les outils et objets du quotidien dont elle s’inspire pour fabriquer ses pièces ont perdu leurs fonctions et utilités. Empreints d’imagerie populaire, ces objets énigmatiques sont les médiateurs d’histoires et de croyances où le spirituel côtoie la superstition. Les signes se répètent d’une sculpture à l’autre prenant une valeur d’indices et d’énigmes. Nous basculons dans un espace autarcique et figé où les sculptures faites de fibre de verre, de bois et de métal tissent des relations entre elles et avec nous. Titres et textes qu’ils soient publiés, peints, projetés ou défilant dans des prompteurs, déplacent les sculptures vers un espace narratif. Les œuvres de Margot Pietri créent plusieurs niveaux de lecture à l’intérieur desquels l’autofiction opère une mise à distance. Par ce filtre elle sculpte reflexions quotidiennes et émotions.

Paul-Antoine Robin



Margot Pietri allie sculpture images projetées et textes dans un rapport empreint de fascination comme de dextérité. La nostalgie avant-coureuse dont elle fait preuve, lui permet par la lumière, la sensation de court-circuiter le spectaculaire ou le biopic au profit d’une expérience réelle et fantasmée à la fois.

Jérôme Mauche


P-S,

déboussolés par les changements lumineux trop intenses et de plus en plus proches, on a commencé à organiser notre temps différemment. Les mesures s’évaporent, les cartes plissent sous les humeurs saisonnières et on se perd au milieu de tracés gps sans échelle. Eclairées aux néons artificiels, les sculptures se figent et se dépigmentent, elles commencent à faiblir. Elles tentent désespérément de s’orienter vers les derniers rayons de soleil filtrant. La perte d’énergie est trop importante, le soleil artificiel manque de puissance et le gel donne les nouvelles tonalités n&b d’un paysage aride. La création de nouveaux espaces s’effectue d’abord sur logiciel 3d avant d’être exportée. L’ellipse a modifié notre perception du temps, la période d’acclimatation n’est plus chiffrable et les variations sont de plus en plus instables. Les écrans gondolent, nos peurs s’immiscent dans une parole liquide et on finit par perdre nos repères.

On est arrivé là, il y a quelques temps, je ne me souviens plus très bien quelles nuances adoptaient le ciel, mais je crois qu’il était terni par les incidences de la dernière éclipse. Les murs de la chambre ont été faits sur un logiciel 3d, mais aucune texture ni couleur n’ont été ajoutées, ce sont seulement des nuances de gris qui créent les ombres. Cé dort à côté de moi. L’obsession du dernier soleil l’épuise et nos croyances finissent par s’estomper derrières les paumes de nos mains.

À chaque fois ça me réveille. Je serre très fort la main de Cé. Il est allongé à côté de moi. Les draps sont humides. Je veux sortir du lit. Je tends le bras essayant d’étouffer le tic tac de la montre cachée sous mon oreiller. Cé ne supporte pas le bruit, moi je me suis très vite habituée. J’attrape la montre. Je ne vois rien. Les aiguilles dessinent l’espace entre les deux surfaces, l’imprimé et la vitre. Il n’y a plus de chiffres, ce sont des formes. Je ne distingue rien. J’entends la pluie taper contre la fenêtre. J’arrête. On s’est rencontré il y a peu de temps, avant que tout déraille et que l’engrenage s’affole. C’était les débuts de la story.

Nord. Je remonte en sens inverse la foule. J’annule. Décide de sortir, et de descendre la première rue. Ça monte depuis quelques jours, comme un sentiment étrange, impalpable. Je bois du café, ou je cours très vite pour calmer, mais ça recommence. Des sortes de vertiges traversent mon corps. Ils ne sont pas physiques, ce sont plutôt des moments absents, sans image, entre un noir intense et un éblouissement violent. Ce matin, comme tous les autres, je trace la même ligne, l’obsession d’un travelling ralenti jusqu’au premier flash. Je sors de chez moi, et je vais toujours tout droit. Tous les jours j’imagine un nouvel itinéraire, mais l’automatisme me ramène toujours sur le même axe. Je tourne à droite. Je pousse la porte coupe-feu, premier espace blanc. Les œuvres me dévisagent. On s’imagine des jeux. C’est une rixe amoureuse, un éternel combat insolent. Le souffle court, je m’assoie sur cette chaise identique, plastique noir. Dans l’anonymat d’un public bruyant, je sors de ma poche un papier.


On boira du café en tirant les vapeurs d’une cigarette électro. Cé

C’est écrit sur un morceau de papier jaune. Cé me rappelle les personnages indécis des cartoons. Panneau inversé au bord de la falaise, Bip Bip fonce, roue de poussière, arrêt sur image, la chute n’est jamais visible. Le panneau a changé de direction. On se voit peu il n’a pas envie d’être avec quelqu’un, moi non plus, par habitude. Notre relation n’a rien d’extraordinaire. Il vante son égoïsme, comme un trait assumé de sa personnalité. Il ne dit jamais la même chose et aime beaucoup parler. Ses avis changent en fonction de ses humeurs. Je crois qu’on ne boira pas de café. On tirera juste les vapeurs aromatisées des électros. Il prend son thé très sucré comme les enfants, mais il dit que c’est parce qu’il faut le boire comme ça. Il me dit toujours qu’il mange beaucoup, mais je ne l’ai jamais vu manger. Il ne grossit pas comme les personnages de bd, alors il pense qu’il a une maladie. On s’est rencontré il y a peu de temps, c’est plutôt une évidence et il y a peu de chances que ça se passe autrement, l’horoscope est douteux.


La story,(dit aussi le deuil des amants)
  • Le prêteur, son ombre

    — 2016
    dimensions variables, acier, aimant, étain, fibre de verre, résine epoxy, pigments, crayons de couleurs, gouache
La story,(dit aussi le deuil des amants)
  • La story (dit aussi le deuil des amants)

    — 2016
    64 × 46.5 cm, contreplaqué, laiton, résine epoxy, peinture, scotch bleu

Les situations sont à chaque fois différentes. Dans l’axe amoureux, entre deux sculptures de Brancusi, la story, peut-être dûe aux propriétés télépathiques des matériaux, ça traverse même les murs. On sait que le contreplaqué n’a jamais été un bon isolant. Une société vient pour construire les murs des nouvelles expositions. Ils s’empressent de tout remballer, et d’emmener toutes les pièces dans les souterrains cachés, comme si elles n’avaient jamais vécu là. On les prend en photo une dernière fois, et l’archiviste fait des inventaires au -2. Il faut un badge spécial pour aller au -2.

La relation a vite dégringolé, il y a toujours eu cet espace blanc entre nos deux images, une marge à l’interstice de ces deux photographies. Une histoire duchampienne, évidemment l’exposition se prêtait aux spéculations amoureuses. Au 6e étage, entre les murs temporaires les images fonctionnent en double. Les lignes de l’échiquier se dessinent à travers la salle. Invisibles les cases noires se remplissent au fur et à mesure que le jeu se met en place. Une histoire d’amour s’émancipe entre les deux photo-bustes anonymes. À force de se regarder, on a commencé à s’apprécier. Le regard n’usait pas nos images. Elle, a le regard baissé. Lui, la regarde. Son cou s’est figé, comme si elle avait peur de le regarder dans les yeux, mais il persiste espérant qu’un moment elle acceptera de croiser son regard. La relation avait déjà pris des tournures de dominations. J’ai baissé le regard lorsque tu es arrivé à toute vitesse. Le buste est en bois, elle désirait un bois tendre, simple à dégrossir. Lui préférait un plâtre lumineux. L’image est une nuance n&b que les années ont légèrement colorée. Lui, continue à la regarder, n’espérant aucun retour. L’image est fixe. Cela fait longtemps que la nuque lourde ne s’est pas relevée. Promenade amoureuse, vertigineuse, entre les murs temporaires, une roue de bicyclette sur son tabouret de bois gris déploie les prémices d’un engrenage. Une pièce art et métier, (photographies interdites) on imagine la pièce de l’horloger avant même de connaître la première formation de Le Corbusier. Pièce d’une machine à imprimer les histoires. Ainsi dans l’interstice de deux images une première histoire avortée suspend la parade amoureuse de deux sculptures séparées. Un espace de deux mètres entre le mur et une cimaise, Cé arrive à toute vitesse. Je n’ai pas le temps de le voir arriver il me fonce dessus. Comme toujours, il est en avance.

  • Tu es le P3 ? Je cherche le P3.
  • Ici c’est le P2, le P3 est plus loin avant les célibataires.
    Tu les entendras, ils parlent de chocolat.

Ce sont nos noms de codes. Il disparaît. Cé revient. Il me propose un verre d’eau, ça n’a pas de sens, l’eau n’est pas autorisée ici. Dans l’axe amoureux de deux Brancusi, notre histoire se dessine aux règles d’un jeu modifiable. Le souvenir de l’éclair renversé du -1 transperce la story. La sculpture est une histoire à trois. Sur un socle de bois massif en croix est posé un rond de verre rappelant la taille parfaite d’une table basse. Une forme ovoïde dont émerge un cube légèrement endormi. Sa projection motorisée rayonne. Le bronze reflète ses courbures dorées sur le verre lisse, laissant transparaître un sentiment de tristesse dû à la séparation. Epuisée par le désir de revoir son amant (après recherche il semblerait que ce soit une amante) la sculpture s’est assoupie attendant les derniers jours de l’exposition. De l’autre côté du mur, elle est grande, sa silhouette géométrique surpasse l’ensemble des pièces. Droite, composée de bois et de gypse, sa tête relevée propage son égocentrisme au travers la pièce. Fière, les trois éléments qui la composent combattent la séparation forcée. C’est ici, entre la nostalgie de deux Brancusi qui ont perdu les instants de chaleur du -1 dû à la climatisation trop forte allumée pour le confort du Grand Verre, que j’ai rencontré Cé. Assise sur la même chaise de plastique noire, le souvenir lumineux s’est immiscé au centre de la danse blanchâtre des néons.

Je me réveille en sursaut, touche pour me souvenir, le lit est un rond parfait. La nuit est au 2/3 de son cycle. Un léger clap. Je l’entends, ça provient de derrière le mur, derrière la cheminée dessinée exactement, c’est le beat généré par le passage du courant. Il faisait si chaud il y a quelques minutes, je sentais la sécheresse, mes pieds massés par le sable. J’enjambe Cé pour sortir du lit sans le toucher et me dirige vers les rideaux. Je cale mes doigts entre les épaisseurs de tissu et regarde au travers du carreau légèrement opaque pour ne pas filtrer les rayons lunaires. Le sous-titre flotte dans l’immensité noire. C’est comme ça depuis l’éclipse. we don’t have the sun anymore.


«À petits singes, Zut» — Publication : Revue Multitudes n°63 Margot Pietri


Correspondance, after the sun
  • Correspondance, after the sun

    — 2015
    60 × 45 × 82 cm , fibre de verre résinée , OSB, pigments, peinture, laiton
  • Vague à l'âme

    — 2015
    48 × 45 × 19 cm fibre de verre, résine epoxy, pigments,peinture, acier, laiton
  • Before Present

    — 2016
    25  ×  20.7 cm fibre de verre, résine epoxy, pigments, gouache, acier peint
  • Mal luné

    — 2015
    95  × 60  × 14 cm pin, fibre de verre résinée, laiton
  • Fire night

    — 2016
    14.2 × 11 cm gouache sur fibre de verre résinée
  • Horizon

    — 2015
    aluminium, peinture, vidéo projection
  • Dear Z

    — 2016
    acier, peinture, ipad, sans tain

À petits singes, Zut est le titre d’un ensemble de formes produites depuis 2015 qui participent à la construction d’un paysage, d’une saison. Sous ce titre repris d’une peinture réalisée en 2015 À petits singes, Z does’nt know, les formes se succèdent pour former un paysage désolé, inhabité dont les figures et motifs parfois vidés de leurs sens passent du signe à l’abstraction.

Figé dans un non savoir, une non-indication de direction on se retrouve face à un jeu en suspend dont la partie peine à commencer. On entre dans un paysage déboussolé qui malgré son apparente légèreté apparaît crispé. Un lieu sans passé, ni présent, ni futur où les formes de fibre résinée, de bois et de métal ont stoppé leurs élans et les images en mouvement ne cessent de répéter une boucle. Automates, automatismes et autarcie deviennent le quotidien de cet espace dans lesquels figures et personnages tentent de trouver l’issue et d’en proposer les indices.

Partant de La boussole, attirée par l’aimant au centre du plateau, la petite cuillère tient en équilibre. Elle ne valorise aucune attitude ni orientation mais attire en son centre, et pour cause on y voit les poussières d’acier s’y concentrer et en habiter le creux. Le bras au muscle chiffonné soutient le plateau de son extrémité. Sculpture absurde dont le magnétisme est le centre et dont la légèreté s’oppose à l’utilisation des boulons évoquant force et résistance. Seul le titre définit encore une possible quête de direction.

Entre Orient et Occident, À petits singes, Z doesn’t know embrasse avec l’alphabet occidental une maxime de sagesse orientale qui propose comme attitude l’ignorance et la non-communication pour accéder au spirituel, au bonheur. Mais que faire dans un monde muet, sourd et aveugle, retrait sage ou censure violente, acceptation passive ou résistance? S’il y a ignorance qui peut diriger, alors le maître du jeu n’opère pas et The Master devient le terrain d’un jeu inactif où la grille n’a pas d’échelle et les pions restent campés à leurs points de départ.

Les formes manifestent l’envie d’ignorance, de ne pas voir comme acceptation de se retirer et de veiller, de ne pas diriger et alors peut-être de s’en remettre à la chance. l’a-peu-près, une peinture sur fibre de verre, met à l’impératif un signe superstitieux, doigts croisés sur ce qui s’apparente être les cases d’une roulette ou les tracés d’un compas de boussole. Signe de chance ou annulation de nos promesses d’enfants, une de ses premières lectures est de conjurer le mauvais sort. Ironie du sort, ici c’est la main de singe qui mesure celle de l’homme.

Ainsi d’une main d’homme à une main de singe il n’y a qu’un pas. Grand écart visible par la tige de laiton qui relie de la main au pied l’objet à son socle dans Correspondance, after the sun. Lettre au soleil endormi sur son socle aux alvéoles figées, reprend les tracés qu’effectue un Gps pour nous localiser. Mais le tracé échoue, on se perd dans une triangulation qui ouvre un espace opaque et aride. Où est donc passé le soleil, source de chaleur et de lumière inévitable à la vie, si ce n’est derrière le sous-titre flottant we don’t have the sun anymore qui dépourvu de ponctuation laisse apparaître nuances et coloration qu’on pourrait attribuer aux variations lumineuses qui s’effectuent du lever au coucher du soleil. Alors sans soleil, les sculptures se dépigmentent et les surfaces arides craquellent dans les peintures Before Present ou À petits singes Z, doesn’t know. Une peinture de poche, Fire night, cartographie un espace composé de différentes sources de chaleur pour alimenter un soleil artificiel.

Alors le paysage finit par former un monde privé d’action où les outils n’ont pas d’articulation, les personnages sont passifs et les mains, qu’elles soient celles d’hommes ou de singes, opèrent des signes d’acceptation et de passivité proposant l’inactivité comme forme de résistance ou le retrait comme forme de sagesse. Mais sous ce semblant de sagesse se cache une forme d’angoisse et d’anxiété d’un futur dont l’horizon n’a pas de point de fuite sous-tendu dans les titres. Les sculptures sont prises dans leurs propres systèmes dont il semble impossible de s’extraire malgré quelques tentatives. Un régime de l’indice nous renvoie parfois au point de départ et l’enquête stagne. Laissant l’acceptation parfois la déception prendre le relais d’une solution possible. Les semblants d’échapper ne sont que des leurres puisque la sculpture Vague à l’âme a perdu toute sa souplesse et sa retombée ne laissera que brisure et fracas. Pourtant la fibre de verre est un matériau très résistant utilisé pour réaliser planche de surf et coques de bateau.

La navigation est stoppée et on séjourne au milieu de nulle part, les outils ont perdu leurs codes, mesures et repères, ils ne s’adaptent à rien d’autre qu’à la forme dont ils sont prisonniers. On se retrouve pris dans une mer de pétrole, la sculpture Mal luné dont le noir luisant se propose comme seule source réfléchissante. Cette surface qui rappelle le tableau noir d’école absorbe son cadre et s’enlise dans l’acceptation du non savoir ou de l’oubli d’un apprentissage conventionnel pour peut-être proposer de nouvelles alternatives. Alors dans ce paysage d’inenvisageable futur, pas étonnant que l’emploi du temps figurant au recto de No doubt peine à paraître à travers la photographie et quand bien même on se retrouve face à la sculpture nous savons que du crayon à papier non fixé finira par s’effacer.

Mais s’il n’y a pas d’après c’est peut-être que tout se joue au centre, et la story l’emporte sur la finalité. La story, (dit aussi le deuil des amants) exprime donc ce paradoxe par son titre qui complexifie notre vision de cette peinture-objet où les éléments à l’étrangeté lourde ne tiennent que par un morceau de scotch. Faut-il encore que le scotch lâche.



À présent le paysage est pris entre deux serre-joints, en couple, car il fonctionne souvent à deux. Pourtant ce dont il est question n’est pas leur jonction, mais cette chose extérieure à eux à laquelle ils participent ensemble.

Au futur les sculptures boivent, mais jamais de liquide, seulement de l’évaporation. Au même moment à côté des chaises des gardiens du musée, la bouteille se vide comme seule activité d’incorporation.


Margot Pietri

  • Un quart pyramide et sa pente inclinée

    — 2014
    bois de sycomore, plâtre
  • Autonomie d'une diversion

    — 2014
    velours, terres non cuites, vidéos, miroir sans tain
  • Autonomie d'une diversion

    — 2014
    acier, peintures, ipad, miroir sans tain,(réalisation Mathilde Supe)lien vidéo
Holly
  • Autonomie d'une diversion

    — 2014
    miroir sans tain, ipad
Holly
  • We don't have the sun anymore

    — 2014
    Projection vidéo, 6 mins

Expositions collectives

2017 Jeune création — galerie Thaddaeus Ropac, Pantin (FR)
Sur la page, abandonnés 2 — galerie Valérie Delaunay, Paris (FR)
L’à-peu-près — atelier Faltot, Montreuil (FR)
2016 Vente de Noël — Mains d’Œuvres, Saint-Ouen (FR)
Narrative Background — espace d'art GLASSBOX, Paris (FR)
2015 Burn out — L'amour, Bagnolet (FR)
Faust résurrection — espace d'art GLASSBOX, Paris (FR)
Aperçu avant impression — Friche la belle de Mai, Marseille (FR)
Even-cinema Festival — Castelfranc (FR)
2014 The night of the tumblr on fire — Palais de Tokyo, Paris (FR)
Ne travaillez jamais — Les Laboratoires d’Aubervilliers, Aubervilliers (FR)
2013 Global Club# — OBORO Art Center, Montréal (QC)

Interventions

2015 Colloque poèsie expérimentale — Sorbonne, Paris 3 (FR)

Publications

2017 « Fire Night » — Sur la page volume 2, Les Éditions Extensibles
2016 « À petits singes, Zut » — Icônes 63, revue Multitudes
2015 « Faust » — espace d'art GLASSBOX, Paris
2015 « Autonomie d’une diversion » — OUSTE n°23 : création et éxagération
2014 « Une génération photogénique » — Ne travaillez jamais, La tribune des Laboratoires d’Aubervillers

Résidences

2017 Chantier de créations — Mains d’Œuvres, Saint-Ouen (FR)
Les Grands Voisins — Paris (FR)
2015 Le Bel Ordinaire — espace d'art contemporain, Pau (FR)

Formation

2014 DNSEP — École nationale supérieure des beaux-arts de Lyon
2012 DNAP — École nationale supérieure des beaux-arts de Lyon