SYS, vue d'exposition

SYS

SYS, vue d'exposition

SYS (cuillère)

SYS, vue d'exposition

SYS

SYS, vue d'exposition

SYS (robinet I)

SYS, vue d'exposition

SYS (robinet I)

SYS, vue d'exposition

SYS (robinet II)

SYS, vue d'exposition

X (série plan de relance)

Jours de relâche, vue d'exposition

Jours de relâche

déventail, sur une oreille

Jours de relâche

déventail

d'éventail

déventail, sur une oreille

Jours de relâche

00//02, la montre

00//02, la montre

les siestes

les siestes

latence

latence

Ses parentes l’ont appelée Matsuk pour lui transmettre la capacité de renaître sur n’importe quelles ruines que le monde capitaliste réussirait à engendrer. Depuis petite, Matsuk entend des histoires d’espèces végétales ou animales qui s’acclimatent à de nouveaux environnements.Matsuk est née de ses deux mères, Marth et Waï. Marth, la mère de Matsuk, est biologiste des espèces migratoires, comme elles sont appelées lorsque la société a engendré leur déplacement. Matsuk adorait se déguiser en champignon quand elle était petite. Elle se plantait au pied de ses parentes, immobile, les pieds ancrés dans le sol, et restait là, figée, en imaginant très fort qu’elle allait pousser et se retrouver dans une immense étendue de champignons. Elle rêvait de prolifération. Elle ne comprenait pas pourquoi certains adultes à la TV proposaient l’extinction de certaines espèces. Elle trouvait absurde que l’on empêche toutes les espèces de cohabiter. Elle se disait que, de toute manière, les espèces allaient forcément s’auto-gérer et se réguler ensemble. La maman de Matsuk a été diagnostiquée de ces maladies qui ont ravagé les humains: les cancers. Matsuk ne voyait plus sa mère qu’à l’hôpital, derrière de grandes bâches hermétiques dont elle ne comprenait pas bien l’utilité. Marth lui expliquait que le cancer était comme ce petit champignon dont on ne voulait pas, mais qui avait migré là. Sauf qu’il avait proliféré beaucoup trop vite. Comme les petits Matsuk, on n’était pas prêts à les accepter. Alors on essayait de les éradiquer parce qu’ils allaient tuer leur propre habitat. Mais Marth demandait à Matsuk de ne pas leur en vouloir. Ils étaient comme les petits champignons de la forêt d’Oregon. La maman de Matsuk est décédée quelques mois après le diagnostic. Matsuk a rangé son costume de champignon dans le plus profond placard de sa chambre. Elle ne voulait plus entendre parler de toutes ces soi-disant jolies espèces qui venaient s’installer sur les ruines de la société capitaliste. Elle trouvait injuste que sa mère soit devenue une ruine capitaliste. Elle pensait qu’elle était une personne bien, une personne qui ne voulait que du bien aux autres espèces. Waï essayait de lui expliquer qu’il ne fallait pas en vouloir au cancer. Que sa maman n’était pas une ruine, mais qu’elle vivait là où les ruines s’étaient répandues, et qu’elle ne pouvait pas échapper au sort des ruines. Matsuk était terrifiée que Waï tombe malade à son tour. Waï lui expliquait qu’il fallait qu’elle trouve où elle voulait vivre et avec qui, pour devenir un champignon épanoui.

Matsuk a grandi. Son envie d’être champignon est revenue. Elle avait compris que ce n’était pas au cancer qu’elle devait en vouloir, mais à la société qui avait provoqué ces maladies répandues comme une épidémie alors qu’aucune contagion n’était signalée. Elle avait décidé qu’il fallait lutter. Que la résistance, c’était elles et toustes les autres champignones qu’elle pourrait emmener avec elle. Matsuk ne voulait pas se battre. Elle n’avait pas du tout un tempérament activiste et trouvait que la violence engendrait des paradoxes. Le sang ne devait pas couler. Mais il fallait se faire entendre, se lire, s’écouter et se comprendre. Il fallait trouver du temps. Et surtout trouver un moyen qui ne serait pas trop surveillé pour que le champ de champignones éclose tranquillement jusqu’au moment où il ne serait plus possible de faire semblant. Il était là. Et il allait se faire entendre. Matsuk commença à errer sur les internets à la recherche de choses concernant les périodes militantes des années 2030, tout en étant très précautionneuse avec les mots-clés. Elle savait que le routeur était très surveillé. Au bout de trois mots trop révolutionnaires, le wifi se déconnectait automatiquement et un signal s’affichait sur le white screen. Matsuk savait pourtant que sa recherche était classée et recensée quelque part. Sans doute dans un DATAC. Il y en avait partout aux abords des cités. Histoire d’être bien encerclé. Pour ne rien perdre. Rien de ce qui pouvait se tramer.


plan d'évasion

plan d'évasion

tout va bien

tout va bien

recyclée, recycling

recyclée, recycling

l'oeil, demain dimanche

l'oeil


demain, dimanche

trêfle

l'oeil
l'oeil
trefle
trèfle
serrer, vue d'exposition
serrer
serrer, vue d'exposition
serrer
serrer, vue d'exposition
serrer
serrer, vue d'exposition

feu follet

serrer, vue d'exposition
serrer
intuitiv I & II
intuitiv I & II
grille
grille
le robinet
le robinet

toutes les données ont été effacées quoi toutes les données ouais les texts les texts et les images toutes celles envoyées j’ai appuyé, éteint, appuyé, y’avait rien noir plutôt blanc avec des lignes tout muet 0 notifs j’ai oublié de m’actualiser

Il faisait une chaleur infernale, le sable brûlait la semelle des chaussuresde cuir trop chaudes pour la période. Sa main était moite et transpirante à cause des gantes qu’elle portait pour que les UV des machinesde métal n’attaquent pas sa peau. Koalus regarda la calendriere, une forme parfaitement ronde à l’intérieur de laquelle des aiguilles tournent sans rythme prédéfini. Koa trouvait l’objet rassurant, un de ses préfs. Les rayons lumineux commencèrent à s’épuiser et la lune reprenait doucement son éclairage comme toutes les nuitées. Le rdv était dans peu de temps et Koa n’arrivait pas à nommer ce qu’elle ressentait. Il lui était trop difficile de percevoir l’exactitude d’une émotion ou d’un sentiment, cela demandait un long apprentissage. Elle se disait que la peur et l’excitation pouvaient peut-être ressembler à ça. Devant l’établi d’acier, bête, ses yeux s’étaient fixés sur la sculpture bienveillante, une sorte de Sphinx avec un minuscule trou au milieu de la face. Koa la regardait souvent avec persistance, ça l’apaisait. Koa reprit ses esprits, appuya fort sur la télépathe. La télépathe avait un fond d’écran type « sand » et derrière, le ciel. Le text s’afficha encore une fois. Elle avait rougi à la réception du text. Elle passa la porte. Les murs avaient été faits sur les logiciels 3D et délimitaient les espaces de chaque atelier. L’exportation n’était pas toujours de bonne qualité et les rendus étaient trop souvent imprécis. Les déformations étaient dûes aux variations de chaleurs provoquées par la défaillance des soleils artificiels. La porte elle, comme toutes les ouvertures, était dessinée en contour de noir. Koa passa la porte. Elle chopa les deux autres filles du couloir am2 et ax2 et se mis à leur parler vite et beaucoup. Elle n’écoutait pas vraiment ce que am2 et ax2 pouvaient lui répondre, elle cherchait juste à gagner du temps, hésitait à annuler. ax2 lui proposa de marcher un peu vers le centre de la Parisia pour qu’elle puisse se détendre. Tous ses habits étaient embaumés d’effluve de résine et de soudure et Koa avait transpiré beaucoup d’eau. Elle se déshabilla et enfila son col roulé noir et sa veste de roi. Elle abandonna son Vlo en bas de l’escalier du couloir pigmenté rose. Un escalier d’origine en bois massif d’un marron tellement foncé qu’il avait dû être verni plusieurs fois. La route était linéaire et formait une sorte de courbe verticale. Sur le chemin Koa n’écoutait pas vraiment les histoires d’ax2. Elle était focus sur sa rencontre avec Pakus. Elles s’étaient parlées sur les modératrices de vie. C’était maintenant les seuls modes de rencontre love/sex. Il y avait quand même les Firenights dans lesquelles la People exhibait ses danses et transes les plus folles au rythme des soleils artificiels colorés. Koa aimait y passer du temps et admirer les mélanges de langues, de baves et de sex entre des la People. Une fois la nuitée retombée les la People découvraient leur vrai visage avec dégoût et extase. Le temps s’y étalait et s’étirait au fur et à mesure que la People aspirait les happywaters du bout des pailles de bambou.


l'mfascia

l'mfascia

0 notifs, oubli d'actualiser, toutes les données II
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oubli d’actualiser
toutes les données II
l’mfascia

oubli d'actualiser

Koa ne regardait pas le chemin, elle le connaissait par cœur, les rayons se mettaient à faiblir fortement et la nuitée reprenait son cours. Koa aimait ce moment qu’elle appelait laparfaite. L’air devenait doux et s’allégeait. Les chaleurs dégagées par les soleils artificiels étaient extrêmement suffocantes suivant les périodes. La People qui y travaillait avait des durées de vies plus limitées, mais gagnait en points. Des la People continuaient de penser qu’il était important de maintenir cet équilibre en donnant quelques heures de nuitées au Soleil. Koa y voyait une offrande de la Lune au souvenir du Soleil. Une partie de la People était persuadée qu’une nuitée le Soleil réapparaîtrait, qu’il était juste caché derrière la Lune et que l’éclipse finirait par disparaître. La majorité de la People avait accepté sa disparition, et n’attendait plus son retour, la plupart d’ailleurs n’avaient jamais connu le Soleil ou du moins n’en avaient pas le souvenir. Seuls les récits de livres davant racontaient comment la People vivait avec le Soleil.

Après la disparition du Soleil, toutes les croyances s’éteignirent avec l’espoir qu’il revienne. Les lieux de culte plongés dans le noir des nuitées persistantes devinrent des lieux de fêtes incroyables. Il n’avait jamais été mentionné dans les histoires des fêtes aussi mémorables. C’étaient les débuts de la Dcadansia. Koa a le souvenir d’y avoir participé, mais ne sait pas trop si c’est parce qu’elle a beaucoup traîné aux archives ou si elle y avait vraiment été. En tout cas elle s’amusait à raconter ses souvenirs vaporeux. Au présent, le temps était quelque chose de constant, il n’y avait pas trop de différences d’une nuitée à l’autre, Koa les nommait les douceurs du cycle.

Les phares des Ibrids éclairaient la Parisia. C’était beau, Koa aimait admirer les ballets lumineux, elle nommait ça labellevie,,,. Elle se sentait bien dans les lumières fluos artificielles, ça ravivait des émotions qu’elle avait ressenties aux Amériques quelques cycles plus tôt.

La marche devenait rapide. Elle voulait arriver vite au bar pour déferler ses angoisses à s2lo. Elle adorait parler pour passer ses angoisses.

La ville était coupée en deux par les anciennes berges. ax2 y laissa Koa. Koa jeta un œil à l’eau comme à chaque fois. Ce n’était pas la mer comme elle l’avait rêvée. Toute l’eau s’était évaporée depuis longtemps mais les principes de conservation des mémoires des cities avaient été mis en place lors de la Dcadansia pour continuer à essayer de vivre comme davant. Après la sécheresse des froids glacials due à l’absence du Soleil, la People avait décidé d’aller chercher les eaux des mers et de remplir les berges. Les eaux ont alors été mélangées à de l’acétate de sodium pour qu’elles ne s’évaporent plus. En les regardant, Koa les imaginait se jeter loin, loin dans les mers. Elle n’avait jamais vu la mer, elle ne savait pas si elles existaient encore, elle savait juste qu’il fallait aller très loin. Les mers les plus proches étaient artificielles. Des constructions purement humaines où l’horizon n’avait pas de point de fuite.

Koa ouvrit la porte du bar et se dirigea droit vers la machine de métal à couper les aliments. Elle était toute rouge et avait très chaud. Elle se mit à parler très vite. s2lo dans les vapeurs de vins rigolait beaucoup. Elle tentait quelques paroles rassurantes. Koa aimait la compagnie de s2lo. Il y avait quelque chose de fluo, une lumière chez s2lo qui apaisait beaucoup Koa. Koa savait qu’il n’y avait rien à faire. C’était dans sa tête c’est tout, il fallait changer le mode. Elle l’avait décidé quelques nuitées plus tôt : maintenant les choses iraient bien, mais ça lui arrivait encore de se laisser déborder par les émotions qu’elle n’identifiait pas pour pouvoir les canaliser.

Elle balaya la vitre intérieure avec sa veste pour enlever la buée et regarda la street. Les moods étaient plutôt lumineuses et volaient bas, elles se promenaient dans l’air avec légèreté. Un très court instant Koa se mit à penser à cl2. Elle ne savait pas dans quelle mesure ce rdv trahirait leur duo réglé. Elle aimait bien cl2. C’était un duo qui n’intégrait pas d’emphatia et Koa aimait ça.

Les préceptrices racontaient que cela existait encore avant le we don’t have the sun anymore. Au Présent, il était compliqué d’intégrer ce qu’elles nommaient emphatia. Cela se prononçait Mfacia mais dans certains livres d’écriture on pouvait encore lire emphatia. La théorie venait de mots davant « empathie » et « face » qui définissaient les manières et modes de comprendre ce que les autres pouvaient ressentir. Mfacia était devenu un précepte que l’on apprenait dans les écoles de vies. C’était une des premières notions qui était enseignée puisqu’elle demandait des ellipses entières de pratique. Elle couvrait tous les cursus et tous les cycles puisqu’il était difficile de l’intégrer. Les sentiments et les émotions avaient disparu au fur et à mesure de la Dcadansia. Elle avait entraîné l’ensemble des populations dans le Down et la période Dpresiona en était le résultat. Mais les la People trop conservatrices n’acceptaient pas les changements et continuaient à nommer l’état des choses la Dcadansia.

L’Mfacia s’apprenait à la proximité des sculptures et des objets davant. Après la fuite des musées et des institutions, les sculptures avaient migré vers les derniers rayons du Soleil filtrant. Seulement pour beaucoup d’entre elles, elles ne les ont jamais atteints et la dépigmentation courante les avait stoppées dans leur élan. Elles avaient enfin trouvé la liberté détachée de leurs Ordonnantes qui coordonnaient leurs vies entre les stockages, les archivages, les douanes et les placements imposés à côté de certaines de leurs comparses qu’elles n’appréciaient pas.

Chacune d’entre elles avait favorisé presque cultivé une émotion, une attitude ou un sentiment des humains davant. Lors de la Dcadansia, certaines avaient adopté des postures animales par mimétisme. Les sculptures figées par l’ère trop glacée avaient été récupérées par les préceptrices lors des quêtes. Au présent elles étaient toutes une source d’enseignement, et on les appelait les sourcias. Elles ne disaient rien mais dégageaient toutes ces émotions qu’il fallait apprendre à comprendre. Koa aimait passer du temps auprès des sourcias et c’était pour cela qu’elle avait décidé elle aussi de faire des sculptures. Elle aimait leur compagnie, elle leur parlait beaucoup dans l’atelier de fabrication. Les temps qu’elle y passait étaient très longs et c’est comme ça qu’elle commençait à mieux comprendre les autres, et arrivait à ressentir des choses.

Elle remit sa veste et d’un coup passa la porte.

Elle se calma et partit vite vers le point de RDV. La nuitée était très noire. Les lumières fluos brillaient encore plus. Elle traversa la route, reconnut Pakus, se dirigea droit sur elle. Elles s’embrassèrent mécaniquement sur les joues et Koa s’adossa sur la vitrine à côté de Pakus.
salut,,,cava,,,tu veux boire une bière,,tu peux finir ta cigarette si tu veux,,,,,,(expulsion de fumée) non, c’est bon,,,

Koa suivi Pakus sans oser la regarder. L’intérieur était très noir, avec des éclairages surtout du côté où les filles actionnent les tireuses de bières. Elles se posèrent debout accoudées au comptoir. Le visage de Pakus était en nuances de n&b. Aux passages des éclairages fluos, la peau de Pakus scintillait de couleurs vertes et reflets argentés. Koa ne faisait pas trop la différence entre les couleurs, mais elle était fascinée par les reflets et transparences.

Des la people venaient saluer Pakus. Koa ne comprenait pas bien les liens que tous ces la People pouvaient avoir. Elles décidèrent de prendre des semis- bières.Koa n’avait pas l’habitude de boire des petites quantités. Koa transpirait beaucoup, elle n’était pas du tout habillée pour les circonstances, mais essayait malgré tout de ne jamais finir sa bière avant Pakus. Elle regardait beaucoup son verre, n’osait pas trop regarder Pakus de peur qu’elle ne lui plaise pas. Elle aimait bien les histoires que Pakus racontait. Koa et Pakus n’avaient pas la voix qui porte ce qui entrainait des répétitions et des regards gênées. Elles décidèrent de partir et de prendre des bières de street. Pakus acheta du raisin pour permettre la réhydratation après les bières. Elles s’assirent sur le sol, sable fin d’un gris très neutre en pente. C’était une esplanade sur laquelle la 3D du musée de l’ancien temps avait été installée. C’était l’un des bâtiments préfs de Koa, qu’elle avait beaucoup regardé aux archives. Elle aimait savoir qu’ici avait séjourné les Sourcias. Les lumières étaient intenses cette nuitée-là. Quand elle regardait trop les lumières fluo Koa sentait la Dpresionade monter. Une tristesse inexplicable que l’on n’arrivait pas à annuler et qui devenait une constante paralysante.C’était inévitable lorsque les pertes d’énergies étaient trop fortes. Même les la Peolpe les plus robustes n’étaient pas aptes à s’en sortir. On appelait ça la maladie du cycle. La People cherchait à tout prix des manières de contrer les Dpressiona des ambiantes. Beaucoup désertaient la Parisia pour repeupler les campagnes alentours ou les hamo et les littlecities développaient leurs propres soleils artificiels permettant de retrouver des vies écrites dans les fictions anciennes.

Pakus embrassa les joues de Koa. Monta sur son Vlo et partit d’un coup. Koa marcha dans la Parisia. Elle reçut un text de Pakus. Elle sourit.

Quelques nuitées plus tard elles se retrouvèrent. La nuitée avait commencé par des parties sur un vieux flipper de street. C’était un des seuls objets davant qui faisait encore son effet dans la Parisia. Koa et Pakus en avaient fait plusieurs se nourrissant de bières et de cacahuètes, et se moquant des la People qui prenaient trop au sérieux leurs réussite au flipper. Surtout ce solo qui avait l’air de passer ses nuitées entières à attendre que d’autres la People veulent jouer pour leur faire des démos. Les streets commençaient à être désertées et il restait qu’une People ivre et errante. Koa et Pakus se posèrent dans l’encadrure d’une porte pour se couper des vents. Koa n’écoutait plus PaKus et commençait à avoir froid. J’ai envie de t’embrasser,,, Pakus la regarda et lui prit la bouche d’un coup et enfonça sa langue. Koa eut une drôle de sensation, elle s’était rappelé les-cours-machines-à-laver auxquels elle avait joué pendant ses cycles aux écoles de vie. Elle avait bizarrement aimé ce souvenir et trouvé la situation drôle.

Elles décrochèrent les Vlo et traversèrent la Parisia pour acheter d’autres bières de street. Elles s’assirent très collées sur les marches d’une colline qui surplombaient la Parisia.

C’était mal accordé, type rencontre adolescente dans un lit, Pakus se mit à rire très fort. Koa la regardait amusée. Le réveil était difficile. T’as faim ?,,oui,, Pakus prit un feutre vert et agrippa fort l’avant bras de Koa. Elle retourna dans tous les sens son bras pour trouver la partie la plus plane et dessina une sorte de petit arbre un peu gros. C’est pour que tu n’aies plus faim,,, Koa mit sa langue sur la joue de Pakus. Pakus appelait n’importe quels végétaux comestibles brocoli.

Elles sortirent boire un café pour admirer la danse du soleil artificiel s’élever dans le ciel noir. Le fond infini devenait doucement bleu puis changeait de couleur suivant les combustions. C’était beau. La chaleur commençait déjà a être trop forte mais Koa s’en fichait, elle pensait juste à revoir Pakus.

toutes les données II

toutes les données II

l'mfascia
l’mfascia
il pleut sur toutes les saisons

il pleut sur toutes les saisons

À

À

les lacs

les lacs

les lacs

le grand vert

les lacs

la jaune

plan de relance, grille

plan de relance, grille

le gout de l'argent

le goût de l'argent

arc

chifoumi

le prêteur, son ombre

le prêteur, son ombre

Le prêteur, son ombre

Le prêteur, son ombre

les médiatrices

les médiatrices

La parieuse

La parieuse


Sixtine Manigot, 2h06

Sixtine Manigot, 2h06


Je suis sortie, j’avais chaud. Dehors, c’est l’été. On le reconnaît moins à la température qu’au sable. La Parisia est envahie d’une couche houleuse sur laquelle on peut marcher pieds nus. J’adore ce moment où le sable se déverse. J’attends ça tout l’hiver. Le premier grain sous les pieds, les mains qui s’y enfoncent, cette chaleur douce. Je me sens en vacances.Je ne sais pas vraiment ce que sont les vacances. Mes mères me les racontaient souvent. La voiture brûlante sous le soleil, les départs de nuit, les routes interminables, les CDs qui s’enchaînaient dans l’autoradio. Des heures de musique en boucle. Le vacarme des voitures leur rappelaient que ça y est, les vacances commençaient. Elles entraient dans un autre monde. On s’y faisait des amies pour la vie et le cœur brisé mettait une année entière à se réparer. Les amitiés disparaissaient à chaque fin d’été. Elles racontaient tout ça avec les yeux humides. Je ne comprenais pas cette sensation. Nous, on ne va pas à la mer. La mer n’existe plus comme davant. Aujourd’hui, c’est une immense vase visqueuse qui borde les côtes. Le sable est revenu dans les villes, alors on n’a plus besoin d’aller loin.

Moi, j’appelle ça les vacances. Je ne sais pas vraiment ce que le mot signifie, mais je crois que ça ressemble au premier jour de la fête au grain. Tu ouvres les volets et toute la ville est recouverte de sable. C’est magique. Les pelleteuses ont travaillé toute la nuit pour que le matin soit magique. Ça fait quelques années que c’est comme ça. Le bitume est devenu trop chaud. Il brûle les semelles et les pneus. Les accidents se sont multipliés. Alors, depuis le crash de l’eau, on remplit les trottoirs de sable. Mama m’avait raconté qu’autrefois on faisait l’inverse. On recouvrait tout d’eau. Les fontaines avaient poussé partout. C’était une période folle où l’eau coulait à flot. Aujourd’hui, elle est rationnée au millilitre près. Mes doigts de pieds s’enfoncent dans le sable. En une semaine, les trottoirs de la ville ont été entièrement recouverts. Le sable est chaud mais doux. Derrière moi, quelque chose frotte lentement contre le parquet. Jeannice se réveille. Sa carapace craque doucement lorsqu’elle s’étire au soleil. Elle a bientôt cent ans. Elle est venue habiter à la maison après ma séparation avec Nat. Il y a les la People qui persistent à porter des chaussures. Je les trouve drôles, le visage enfoui dans les cols. Il y a aussi les costumes, sans chaussures, mais dans une version parfaite de la société. Les tenues anti-transpirantes, héritées des technologies sportives, sont devenues d’un confort presque obscène. Je me sentais nulle. Je n’avais envie de rien. Je repensais sans cesse à maman sur son lit d’hôpital. Nat m’apaisait. Je crois même que j’aimais davantage l’apaisement qu’elle m’offrait qu’elle même.

Lanceuse de pistes

lanceuse de pistes

Lanceuse de pistes

lanceuse de pistes

Lanceuse de pistes

lanceuse de pistes

SYS (montre)

SYS (montre)

SYS (montre)

IIIII (série plan de relance))

Le rendez-vous a été donné. Sur la grande place centrale, une sieste collective est programmée. Sans unité de repos, il est impossible de faire ça en toute légalité. uR connect J’ai déposé le dos de ma main contre son dos. Mes yeux, bercés par les paroles enivrantes conduites par le sol, me donnent cette sensation lourde juste avant d’oublier l’instant présent dans le sommeil. Se murmurent dans nos oreilles des histoires passées que sans doute personne autour de nous ne connaît. Je lutte presque pour ne pas en perdre une miette et savourer chacun de ces mots qui dévoilent la beauté d’actions oubliées et d’anonymes engagées, à nouveau vivantes à chaque battement de tempe que mon oreille m’offre. Mon sommeil est devenu lourd et je pars dans une sorte d’incandescence de rêverie. Mon esprit se connecte à toutes ces inconnues allongées autour de moi, dont les petits ronflements en chorale montent d’une même voix et ouvrent les portes d’un monde, celui de nos mères et de la terre passée. Celui qu’on a laissé s’effacer de nos mémoires et dont on a confié les clés à nos intelligencia, celui qu’on a laissé s’échapper de nos livres et qu’on a préféré rayer de nos emplois du temps. Mon corps s’est plongé dans une forme de liquidité, mes muscles se sont mués au sol artificiel pour aller sentir la terre que nous avons recouverte de bitume, espérant accélérer le déplacement de nos produits.Il nous est devenu vital de tout posséder très vite. Au moment où l’image nous happe, il faut pouvoir toucher l’objet le plus rapidement possible. Et si ce n’est pas un objet, il faut entrer dans l’image en peu de temps. Le chemin n’a plus aucune importance. Il ne faut pas s’attarder en route, mais toujours se rendre à la finalité. Ne surtout pas bifurquer, ni développer notre esprit synthétique. Aller à l’essentiel. Mais l’essentiel, aujourd’hui, est de se rappeler tous les chemins qui nous ont amenés ici. Comment se diriger dans nos futurs si l’on a oublié notre passé, et comment se rappeler nos identités multiples si nos passés ne sont plus qu’une même masse vaporeuse. On a cru que cela allait enlever les blessures et nous permettre de vivre ensemble, mais les blessures n’ont pas disparu de nos gènes. Elles ont continué à être transmises par nos mères, sans que l’on se souvienne de leur racine, ni de comment les soigner. Nos souvenirs se sont eux aussi raréfiés. Il est plus simple de les enregistrer dans le data que de leur faire une place dans nos têtes. Mais les serveurs blindés ont décidé d’effacer, au fur et à mesure, les souvenirs qui ne sont plus consultés. On enregistre tout pour mieux oublier l’instant qui suit. Le présent est devenu le fantôme du passé, et le futur n’a plus d’imagination. Mon oreille droite est connectée à ce sol dans lequel traversent toutes ces histoires. Elles sont parfois communes, parfois très personnelles, mais elles rentrent dans mon corps pour animer mes rêves et traverser ma mémoire. On est toustes arrivés très tôt, à l’aube, pour s’installer au centre de la place. Les lectrices se relaient entre les siestes des unes et des autres. On écoute, allongé auprès de corps que nous ne connaissons pas, et comme lors des soirées de danse incandescente, nos corps s’apprivoisent les uns à côté des autres. Nous apprenons à entendre nos souffles, à connaître les rythmes des respirations, à sentir les chaleurs qui s’extraient de nos corps rapprochés. Je suis arrivée à l’aube. Je m’installe au centre de la place. J’enlève mon masque et je déconnecte mon smart. Je m’allonge et je colle mon oreille au bitume. Il n’est pas encore très chaud. J’entends les premières bribes d’histoire se déverser dans mon oreille. Tout n’est pas doux et je me rends bien compte que le passé n’est pas la chose idéalisée que j’imaginais. Ce passé est houleux, parfois difficile à entendre. Mon oreille se décolle parfois sans que je l’y autorise, comme si elle se défendait de toutes ces choses que je n’imaginais pas pouvoir exister. Pourquoi venons-nous là ? Je me pose plusieurs fois cette question. Mais au fur et à mesure que ma tête s’emplit d’histoires d’autres, des humains d’avant, mes rêves la nuit s’intensifient. Des mondes inconnus surgissent d’un trou noir qui n’avait jusque-là produit qu’une routine peu agréable. À chaque fois que je vais aux siestes collectives, je sens les histoires s’animer dans mon corps, et la terre sous le bitume craquelé me laisse sentir sa fraîcheur et ses multiples odeurs. La vie reprend dans nos vaisseaux et, pour la première fois de ma vie, j’ai envie de me souvenir de tous ces moments. Je ne pensais pas me sentir aussi bien à côté de toustes ces inconnues, nos oreilles collées au sol, à entendre ces multiples histoires enivrer nos imaginaires. Ici, nos désirs se lissent en un seul. Nos inégalités s’effacent dans un périple qu’il nous est impossible de quantifier. Aucun algorithme ne juge la qualité de mon sommeil ébloui de sunlight qui déverse en pluies ses rayons nocifs. C’est le repos que je n’ai jamais connu. Il suffit de se réveiller quand le corps le décide. Ce jour-là, ma sieste terminée, je me lève. Les personnes autour de moi ne sont plus les mêmes. Je ne reconnais pas leurs vêtements. Je ne sais pas combien de temps je suis restée ici, endormie ou somnolente, mais ce temps volé me prend d’un vertige étrange. Je palpe le sol à mes pieds, mes paupières encore très lourdes.

jours de relâche, vue d'exposition

jours de relâche

jours de relâche, vue d'exposition

jours de relâche

Je prends mon masque à la main et décide de ne pas le remettre. Je veux voir ce que je ne vois jamais, cette réalité qu’on a oubliée au travers des écrans sur mesure qui embellissent nos quotidiens. Je pars. La place est encore emplie de corps endormis. Je rentre à la maison par unchemin que je ne connais pas, un détour sans doute, mais cela ne m’effraie plus de perdre mon temps. Je décide de ne pas rallumer mon smart pour retrouver mon chemin jusque la maison.J’use de tous les trajets que j’ai pu faire dans la city depuis que j’y vis pour retrouver le bon sens de ma direction. Je suis happée par le nombre de détails auxquels mon œil n’est pas habitué. Les trottoirs sont jonchés d’herbes hautes, de racines qui éclatent le bitume comme les veines sous la peau. L’intérieur du corps qui vit. Les veines du bitume réapparaissent et nous rappellent que sous le sol existent les terres d’avant, celles qu’on a oubliées et celles qu’on a décidé de ne plus entretenir pour nous permettre de vivre. Les animaux sauvages se baladent sans frontière. Ils ont conquis la ville. On ne les voyait plus derrière nos masques, ils en savent quelque chose, personne n’essaie plus de les attraper.La ville est une friche ensevelie de natures sauvages. On vit dans un présent construit sous nos masques, mais la nature a déjà récupéré ses droits. On a décidé de s’extraire du monde et d’en construire un tout nouveau, plus beau, en parallèle. Les larmes me coulent. Je me rends compte que le monde est sous mes yeux depuis tout ce temps, et que je n’avais jamais pensé ôter mon masque pour le regarder. Je fais partie des invisibles. Toute cette la People ne peut pas me voir sans leur masque activé. Je suis moi aussi devenue cette autre chose qu’on a oubliée, cette autre chose qu’on ne voit pas, cette autre chose avec laquelle on ne veut pas vivre dans nos bâtiments aseptisés de vivants. Je suis une vivante invisible.

Arrivée à la maison, je retrouve mes carnets d’école. Je déchire toutes les pages vierges qu’ils contiennent et je les rassemble dans un carton d’emballage. J’agrafe la couverture de maintien et je m’installe dans mon lit. Je dors le cahier contre ma poitrine et, au réveil, je commence à écrire tout ce qui s’est passé dans mon sommeil. Je sens déjà que la journée d’hier s’étiole dans mon cerveau, alors j’inscris chaque moment qui la compose pour ne plus oublier et me rappeler que le passé, c’est déjà hier, et que demain a besoin d’hier pour exister. Depuis, j’écris des histoires pour me rappeler, mais j’écris aussi pour me rappeler de vivre. J’écris sans doute pour me rappeler que tout ça est bien réel, mais je n’en suis jamais certaine. La seule chose dont je suis sûre, c’est que je retournerai aux siestes collectives, et que je t’y trouverai, j’espère.

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jours de relâche

latence

latence

sur une oreille

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l'mfascia

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signes faibles

signes faibles

plan d'évasion
plan d'évasion
tout va bien

tout va bien

1234567§ je t’ai envoyé un text, tu peux rep code à rentrer, XV567 CLICK sur les images qui comportent lumière clignotante enregistrement réussi,  hâte de vous revoir BIP Click  en transit fin de l’actualisation dans 5 j entre 12h et 14h changer l’heure de rdv  fusion à 30% +  match  renouveler l’abonnement double match,  dites une introduction:

Les messages fusent sur l’interface du mask. Je prends le mask, appuie à la gauche de la tempe artificielle. J’ai un mask qui ressemble à une tête retrouvée de la culture maya. Tête de grimace, ça ressemble à une sorte d’indigestion. J’ai des problèmes à ce niveau-là et ça me fait rire que mon alter ne soit pas une représentation égocentrique de ma personnalité. De toute manière personne ne voit jamais son mask. Je travaille au vestiaire des SYS. C’est pas très bien payé mais au moins je gagne des unités publiques, ça permet de vivre une vie plutôt convenable. La custom a été faite pendant mes études à Mexico quelques unités auparavant. La custom des VR est devenue indispensable à l’identité de la People. Elle permet de hiérarchiser : niveau de vie, niveau e créativité, niveau de débrouillardise, goûts. J’aime bien travailler au vestibule du repos, j’ai l’impression que ça a du sens, et puis je suis au cœur du SYS et ça m’laisse du temps pour penser, ce qui est fortement déconseillé par les autorités. Mais laisser des pauvres penser ne fait pas peur aujourd’hui. L’État est tellement persuadé de leur bêtise intellectuelle qu’on peut les mettre dans des métiers où nous avons du temps à donner à notre cerveau, du temps neutre, sans parasite numérique. Une people arrive et débranche son mask de sa tête. Elle pose son doigt sur la sphalte de paiement et les unités apparaissent derrière mon mask de travail. Je dis toujours la même phrase, les mêmes mots dans le même ordre. Parfois je mets l’enregistrement pour éviter de me sentir aliénée par la répétition. J’ai lu ça dans des textes avant la grande rupture du cycle. Des personnes qui avaient des tâches répétitives dans leur travail ont commencé à faire des burn-out à répétition. Mais mon cerveau, j’le vois bien, il fonctionne. J’ai l’impression que c’est ça l’truc qu’iels ont pas compris : faut pas penser comme toute cette la People. Avant des personnes passaient les courses du supermarché devant l’automate ou effectuaient la même tâche des unités durant. C’est insensé. On traitait les humains pour plus d’efficacité et de rendement. Ça devait rendre complètement débile. Un burn-out généralisé est arrivé. On a cru au départ à une sorte d’épidémie. Les personnes commençaient à avoir des fièvres brûlantes, faisaient des malaises, se mettaient à pleurer ou à rigoler de manière frénétique. L’épidémie s’est propagée. Toute cette la People s’est arrêtée et comme il y avait tous les symptômes d’une vraie contagion, elle partait en arrêt et tombait comme des petites mouches. Cette expression me fait trop rire. Mon seul souci c’est que j’ai pas trouvé d’amies qui pensent comme moi. C’est une sorte de classification évidente qui permet de recréer tous les niveaux qui composent la société bien hiérarchisée. Les pauvres, si on le veut, on ne les voit pas et ce type de la People ne peut pas rentrer en contact avec nous. Évidemment toutes ces options sont plus chères. Les la People en général privilégient d’abord la couleur avant d’éliminer les autres class. De toute manière les class, sont très pixelisées et en NB donc elles ne sont pas très dérangeantes. On voit juste des masses un peu cubiques et leurs voix sont mal retransmises. C’est très facile d’installer des bloc-up pour que tous ces types de la People ne rentrent pas en interaction. Ce monde-là on l’a vite appelé la REAL.

demain, dimanche
demain, dimanche
serrer, vue d'exposition
serrer

Il a totalement remplacé le réel après les grandes guerres du LAST CALL. Les extremis ont commencé à s’installer dans tous les pays et les la People ont perdu beaucoup de liberté. Aujourd’hui je ne sais pas trop à quoi ça correspond avoir de la liberté. Ça fait partie des mots qu’on lit dans les livres pour expliquer l’histoire davant, comme si tout le monde s’en foutait de retrouver cette sensation. Moi je crois que ça a commencé à me poser des questions quand j’ai commencé à me passionner pour l’histoire racontée du XXIe siècle. L’actualisation est payante comme n’importe quel changement. Si tu peux pas payer, le logi se met à bugger et le gps est complètement déboussolé. Quand cette la People s’occupe de retourner le logi, aucune loi ne passe et on peut continuer nos activités sans que des costarcravates viennent nous faire chier. La fantasy laisse tomber. Même si au final le seul moment où elles sont visibles c’est dans les quelques endroits interdits au VR. Les SAS de repos où l’on entrepose son masque le temps d’une séance ciné, ou les halls d’immeubles, deviennent des vitrines de masks. Alfa a commencé à travailler dans une serra après la grande réforme du travail. Elle adorait y aller. C’était une respiration. Les la Peoplequi n’avaient pas de travail rémunéré devaient pointer à l’administration chaque jour pour qu’on leur donne des missions en échange de la poursuite de leur revenu universel. C’était la contrepartie. La température ambiante est très vite montée. Elle a atteint des degrés rarement enregistrés par l’instrument. Cela fait quelques cycles que les nuitées sont très chaudes et que les bornes à panneaux solaires s’emballent. D’habitude la serra capture les quelques rayons du soleil filtrant et permet à l’écoproductivity de fonctionner presque normalement. Les bornes fonctionnent toutes avec des panneaux à charge solaire : les Solus. Elles s’imprègnent des UV renforcés par les vitres qui entourent l’espace. Depuis longtemps maintenant les objets vivent au rythme des plantes. Ils se comportent de la même manière, se renferment parfois sur eux-mêmes, ou s’exposent à l’extase d’une multitude d’émotions. Les murs sont dessinés en 3D. Il manque des éléments à l’architecture : question de budget. L’usine de production n’a pas encore de toit. La vie est HD, il y a différents degrés suivant la qualité des lunettes. Elles sont produites dans le bassin industriel de Palerme. L’Europe a relocalisé sa production là-bas depuis l’annulation des accords commerciaux avec la Chine. Stan est manager+ de la chaîne de production. Click. Alfa aime commander des trucs sur les métaverses, ça rend sa vie plus active. Tous les 24 du mois elle s’actualise. Click. Tous les jours après le travail, Alfa se rend dans la chapelle pour admirer la Nativité. Sa mère l’emmenait tous les mercredis. Elle pose ses lunettes. Regarde l’œuvre. Elle a l’impression de voir le monde davant quand l’image était aussi de la matière. Les bornes cultivent un tas d’informations et s’organisent en réseaux dans les sous-terrains des alimentations. Rien n’est visible pour les humains. Elles ont intégré leurs propres règles logistiques et se sont automatisées depuis longtemps. Elles continuent d’interagir avec les humains mais se sont émancipées de leur condition d’automates. Les métaverses ont envahi la réalité et les serras sont les espaces protégés de la réalité davant. Alfa aime perdre son temps à la serra, regarder les objets, les toucher, apprendre avec eux. Elle s’étale souvent dans la terre des plantes en espérant s’y fondre un jour. Les lunettes VR sont interdites ici et Alfa a parfois la sensation qu’elle peut se souvenir du monde davant même si elle sait au fond qu’elle ne l’a jamais connu. Les sculptures l’admirent derrière leurs gros yeux. Son ventre gargouille, il est déjà midi. Le protocole est toujours le même. Click, l’application BREAK s’ouvre. Alfa clique sur l’heure de départ. Elle récupère son masque VR chargé à block. Le soleil brille dans les verres fumés des lunettes. La porte de la serra est lourde et difficile à manipuler. Le bouton s’active au contact du smart. Une danse de lumières s’enclenche, la porte se débloque. Il fait chaud dehors, très chaud. Même si les lunettes permettent d’embellir les couleurs, de terminer les constructions des maisons ou de porter une garde-robe plus fraîche, la chaleur se fait toujours sentir. C’est suffocant, mais ce n’est pas encore la période des grands pics. Alfa se dirige vers son resto fusion pref. C’est un mélange de « cultures » il paraît. On peut choisir par l’interface du mask son emplacement géographique. On choisit le décor la plupart du temps, selon le forfait auquel on a souscrit. Alfa ne supporte pas trop les VR. Elles lui donnent des migraines. Elle passe alors en noir et blanc, baisse la luminosité, pendant qu’une la People s’amuse avec des lunettes trop criardes pour des soirées d’hallucinations.

au creux de la cuillère
au creux de la cuillère
serrer, vue d'exposition
l'heure n'est pas au sommeil
l'heure n'est pas au sommeil
serrer
l'heure n'est pas au sommeil
d,d (série plan de relance)
serrer
serrer
il pleut sur toutes les saisons

l'mfascia

l'mfascia

l'mfascia

l’mfascia

l’mfascia

0 notifs

oubli d'actualiser

toutes les données II

l’mfascia

oubli d’actualiser

après la pluie

l’mfascia

après la pluie

l'mfascia

l'mfascia

Après la pluie

Après la pluie

de la lune au soleil

de la lune au soleil

toutes les données II

toutes les données II

toutes les donées I

toutes les donées I

entre nous

petit singe

entre nous

entre nous

l'mfascia

À

Tu les vois ? T’entends la pluie ? Je ne sais pas si c’est de la pluie, mais ça tombe par intermittence, c’est liquide. C’est l’intro d’un slow ? Tu veux danser avec moi ? La lumière est belle, regarde, elle change. C’est bleu je crois, parfois c’est jaune. Tu vois ? Tu es sûr que tu ne veux pas danser avec moi. Je n’ai pas envie d’être comme eux. Ils ont l’air d’être morts. Tu crois que je suis comme eux ? Ma dominante est rouge. Ça me va bien ? T’aimes la lumière ? Tu veux bien me regarder plus ? Je t’aime bien, je crois, je ne sais pas si c’est à cause de la musique. C’est peut-être la pluie, ça rend triste la pluie, non ? J’aimerais bien que tu me répondes. Ils ont repeint les murs. On est de la couleur des murs. Tout est gris. Je ne te vois plus. Tu as remarqué ? J’aime qu’il y ait de la musique, je suis fatiguée de regarder. Il n’y a plus rien à regarder, tout est terne. J’aime bien passer entre les poteaux, ce sont des pailles géantes. Pourquoi la musique s’est arrêtée ? J’aimerais bien danser avec toi. Je me sens seule, tu crois que je suis comme eux ? J’aimerais bien que ça recommence. Je suis fatiguée de te regarder. Je me sens seule. Toutes les structures sont en acier, les soudures sont apparentes. Pourquoi ils mettent tous ces objets sur ces structures ? Ce sont des pièces ? Tu crois qu’elles sont mortes ? J’aimais bien la musique, on avait la sensation que ça devenait vivant. Tu crois qu’on peut leur demander de remettre la musique ? Tu entends la musique ? Ce n’est pas de la pluie, ce sont des gouttes. Je reconnais, ils nous ont laissés derrière la fenêtre. Elles sont grandes les baies. Ils ont oublié qu’on existe. Tu ne veux pas t’approcher ? J’aimerais bien que tu sois plus près de moi. Je ne comprends pas pourquoi ils nous ont laissés là. Il y a le refrain. T’es sûr de ne pas vouloir danser avec moi ? J’aimerais bien que ça recommence. Je suis fatiguée de te regarder.

les lacs

les lacs

les lacs

les lacs

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V

— 2016
arc

arc

Le prêteur, son ombre

Le prêteur, son ombre

boussole

Les modératrices

Les modératrices

la parieuse

la parieuse

Sixtine Manigot, 2h06

Sixtine Manigot, 2h06

Sixtine Manigot, 2h06

Sixtine Manigot, 2h06

Jours de relâche, galerie Valeria Cetraro, 2024

Dans jours de relâche, Margot Pietri invite le spectateur à adopter la position d’une sorte de piéton ou de flâneur à l’intérieur d’un espace où les rapports d’échelles et les frontières entre dedans et dehors se révèlent flottants. On entre dans l’exposition comme dans une sorte d’urbanisme énigmatique composé de petites architectures juchées sur de larges socles et de tableaux dont les systèmes d’accrochages sculptés et la frontalité rappellent des volets. L’ensemble fait résonner une impression de replis sur un espace domestique/intérieur dont l’accès nous restera plus ou moins barré. L’unité chromatique d’ensemble, un bleu violine un peu dilué comme de l’encre, est une sorte de compromis entre la couleur de la mélancolie fin de siècle et celle des rayons ultra-violet diffusés par les écrans responsables de notre fatigue visuelle contemporaine. Au tout départ de cette exposition, il y a une fiction, toujours en cours d’écriture par l’artiste, dans laquelle une communauté de personnages occupent leurs nuits d’insomnie, très précisément entre minuit et deux heures, à s’échanger des histoires sur des forums. Il y est question d’une réappropriation de cette « maladie » de la nuit par des formes de socialités résilientes et résistantes. Margot Pietri se penchait alors sur l’histoire du rapport au sommeil et sa progressive restructuration sous le capitalisme tardif. De nombreux anthropologues ont en effet mis en valeur le fait que le sommeil continu, par rapport auquel l’insomnie s’est constituée comme « maladie », ne constituait pas la norme jusqu’à la Révolution Industrielle ; les nuits s’effectuaient souvent en deux phases, avec un réveil d’une ou deux heures durant lesquelles il était courant de se livrer à diverses activités domestiques, introspectives ou sociales. Si Margot Pietri a gardé cette idée de la conversion du temps « mort » de la nuit en un espace d’émergence de fiction, dans son exposition ce sont les formes, les gestes et des choix de configurations matérielles qui prennent en charge sans mots les récits. Il est important en effet que sa pratique sculpturale ne soit pas l’illustration de son travail d’écriture mais qu’entre ces deux pratiques indépendantes circule une solidarité souterraine. L’installation comprend une série de sculptures réalisées en résine et en jesmonite dont le glacis des surfaces joue de reflets avec l’espace environnant. Toutes déclinent une typologie d’architectures identifiables, renvoyant aussi à des positions sociales différenciées : un gratte-ciel, un pavillon, un immeuble de centre-ville, une tour HLM, ou encore une maison japonaise. Autant de bâtiments dont les façades sont dépourvues de détails, comme esquissées avec une spontanéité candide, juste assez pour produire un signal de reconnaissance. Ainsi retravaillés comme des archétypes, renvoyant pour certains à des environnements déjà habités par l’artiste, d’autres à des poncifs de l’imaginaire architectural mondialisé, Margot Pietri leur a donné une « patine » artisanale, une sorte de tremblement, de mollesse, inscrivant dans un état matière le ralentissement, et déviant subtilement la logique des objets standardisés qu’elle ne cesse pourtant de convoquer. Placés à l’intérieur de chacune de ces sculptures, des prompteurs diffusent en boucle, via l’écran d’un téléphone portable réfléchi dans un miroir sans tain, une micro saynète en dessins animées : une main qui tente d’effacer une montre qui lui colle à la peau, une tortue et des jambes avançant au même pas, - autant de motifs évanescents qui ressuscitent des rêves archétypaux liés au retard, à l’engourdissement corporel. Mais ces micro-scènes, sortes de « flash » rappelant des gifs, disparaissent à proximité des sculptures, laissant le spectateur dans une sorte de frustration de ne pouvoir obtenir sur eux de vue rapprochée. L’intériorité ou la capacité d’accès à l’état de rêverie devient ici fonction de l’éloignement, étant peut-être aussi par-là arrachées à une scrutation, maintenues comme une apparition clandestine. Si une magie un peu animiste enveloppe les objets « en activité » de Margot Pietri, elle ne cesse toutefois d’être mise en tension avec son « envers ». En tournant autour des sculptures, l’unité de façade se défait pour laisser apercevoir galerie valeria cetraroun espace creux, dévoilant le dispositif du prompteur, et ramenant ici la maison à une sorte d’enveloppe désertée, peut-être proche de la ruine, ou d’un petit théâtre d’ombres lo-fi : un espace de vie paradoxalement cloisonné et traversé par la sphère du contrôle et de la surveillance continue. Les socles, plateformes surdimensionnées, accentuent la sensation de précarité et d’instabilité des micro-édifices. On retrouve aussi ici un vocabulaire de formes constamment activé dans son travail à travers la référence au design des objets techniques et industriels : horodateurs, tours d’ordinateurs, imaginaires du data center, autant d’objets irrémédiablement hors service, et qui deviennent dès lors devenir susceptibles d’héberger d’autres fictions et d’autres rapports au temps ... Cette référence aux techniques sophistiquées d’enregistrement, de stockage, d’archivage, qui comptabilisent, rythment et dirigent nos flux, se confronte avec d’autres marquages plus archaïques : le comptage d’heure ou de jours par une marque sur un mur ou un calendrier, les rainures sur un store en fonction de la hauteur du soleil, d’étranges boussoles évoquant d’anciens systèmes cosmologiques. Ce monde de plus en plus cadencé en un continuum ininterrompu, où les nuits sont toujours plus poreuses avec les jours, rappelle celui que Jonathan Crary a décrit dans un constat pessimiste comme celui de la post-histoire : « Un monde sans ombre, illuminé 24/7, amputé de l’altérité qui constitue le moteur du changement historique (...). Le temps 24/7 est un temps d’indifférence, où la fragilité de la vie humaine revêt de moins en moins d’importance, où le sommeil n’est plus ni nécessaire ni inévitable. On s’aligne sur l’existence de choses inanimées, inertes ou intemporelles ». Margot Pietri dans son appropriation artistique du thème du sommeil et de la relâche, fait résonner ces observations de Jonathan Crary à même la matérialité de ses objets. Mais dans son œuvre, l’identification avec les « choses inertes », les thèmes de l’insularité psychique, du repli sur la sphère privée et le désintérêt croissant pour l’espace politique et collectif, se voient comme renversés dans leur propre logique. De micro- mouvements ou activités de résistances que le spectateur doit guetter sont le signe pour l’artiste de la régénération de facultés empathiques et sensibles. Sur un des tableaux accrochés au mur, des pieds en éventails et des motifs de stores comme gravés dans la pierre évoquent la sieste et la détente comme une stratégie de détournement à « perte » des énergies, revisitation de la résistance passive bartlebienne (I would prefer not to) à l’aune d’un désir de décroissance. Une idée que l’on retrouve dans l’urgence qui ressort de ces inscriptions qui ponctuent comme des sortes d’images rémanentes les surfaces de ses pièces murales. Prenant en jeu de miroir la situation historiquement marginale de l’artiste par rapport au champ de la productivité, qui de Malevitch à Duchamp a entretenu avec la paresse dissidente une longue histoire, Margot Pietri opère un pas de côté, nourrissant encore ici sa réflexion sur les mécanismes et les techniques qui discriminent intériorité et extériorité, activité et passivité, le soi et l’autre, l’objet et le sujet. Un monde où des machines déchues et des espaces de vies en cours d’effondrement se mettent à héberger un nouveau langage secret, et où la fiction permet de prendre le relais de la réalité et de ses conventions sociales. Clara Guislain, novembre 2024

Les conjugueuls, CAC Bretigny, 2024

À la croisée de la sculpture et de la peinture, les oeuvres de Margot Pietri se lisent en surface et en profondeur. L’on peut choisir de parcourir les textures des divers matériaux employés —le métal, la fibre de verre, la résine, la jesmonite—ou d’en explorer la stratification. Ces bornes, panneaux et boîtiers pourraient être des mégalithes ou des totems millénaires, dont le temps aurait sédimenté les couches et le vent aurait poli les profils. Pourtant, les artifices nichés dans ces architectures nous ramènent aux jours présents. Les écrans de ces sculptures-compteurs où défilent textos en écriture phonétique et abréviations sont étrangement contemporains. Les symboles «ok» ou les doigts croisés en signe d’espoir, que l’on retrouve sur les côtés de certaines stèles et socles, nous sont également familiers. Les pictogrammes, les signes et les silhouettes animalières gravées, peintes ou modelées que nous découvrons dans ces paysages ne sont ni des hiéroglyphes ni des peintures d’abris préhistoriques, mais renvoient à des emojis. Tous ces éléments sont des vestiges qui narrent un monde en transformation. Margot Pietri imagine une fiction post-soleil, où la terre aurait perdu son astre repère, entraînant le chamboulement des normes liées au temps et à son organisation. Plus besoin d’évaluer la direction, de mesurer le poids ou la température dans un environnement où il n’y a plus d’alternance entre le jour et la nuit. Si certaines oeuvres reprennent les formes de calendriers, boussoles, balances et thermomètres, ces objets sont dormants, car ils ont perdu leur fonction initiale. Les émotions humaines ont aussi souffert de ce tournant historique imaginaire. Le lexique lié aux états d’esprit terriens se réinvente et s’ouvre à de nouvelles manières d’exprimer les ressentis. Le corpus de signes et de caractères spéciaux que l’artiste collecte et réemploie dans ses oeuvres serait la base de ce vocabulaire en construction. Également autrice de micronouvelles, Margot Pietri évoque ses sculptures et peintures dans les scénarios de ses histoires. Elle se sert de cet imaginaire pour parler de la naissance d’un monde nouveau: après l’effondrement d’une réalité, le dérèglement généralisé cède la place à la réinvention.

Valentina Ulisse, juillet 2023

Serrer, La Serre espace d’Art contemporaion, 2023

L’exposition personnelle de Margot Pietri s’intitule « serrer » en écho, d’abord, au centre d’art La Serre, qui l’accueille. Ce titre est aussi un hommage au travail du métal, celui du serrurier, dont le nom dérive du latin serrare, signifiant barrer, conserver. Le terme se rapporte aux outils qui contraignent les matériaux dans une forme ou une autre, suivant d’étranges contorsions. Il renvoie à la pression exercée sur la matière que l’artiste empoigne, malaxe et travaille pour donner corps aux sculptures qui se dressent. Mais c’est aussi et peut-être surtout, une référence directe à l’injonction, impérieuse et permanente, d’accélérer la cadence : serrer pour que tout rentre, dans un emploi du temps déjà trop plein. Dans une société hyper moderne, où consommation, performance et productivité sont érigées en mots d’ordre, Margot Pietri a créé des œuvres qui évoquent des panneaux publicitaires ou des instruments de mesure. Sauf qu’ici, le temps stagne, impassible : nulle directive, nulle sommation. Des couches de matières opaques, mattes, parfois givrée, réalisée à partir de jesmonite ou de résine, s’accumulent sur les pièces, qui semblent avoir vécu. Les couleurs oscillent entre les teintes d’un blanc nacré, tournées vers la lumière du jour, et celles d’un noir violasse, qui s’adressent à la nuit. D’autres sculptures empruntent leur forme à des calendriers ou des blocs-notes, sur lesquelles sont gravés, frénétiquement à main levée, des motifs de grilles, comme allégorie de l’organisation du temps de travail. Des signes discrets, des marques et symboles en transparences quasi dissimulés, livrent les clefs pour deviner ce qui se trame : une fiche de suivi pour insomniaque, des yeux braqués, un individu qui dort en chien de fusil, une tortue. Le vocabulaire de la fatigue irrigue subtilement le travail de l’artiste, qui rêve de ralentir. Ce faisant, Margot Pietri projette une relation au temps libérée de toute urgence, loin des normes sociétales astreignantes. L’essai de l’économiste Timothée Parrique, Ralentir ou périr : L’économie de la décroissance trouve une résonance particulière chez la sculptrice, pour qui la croissance infinie relève du mythe, sinon d’une folie suicidaire. Des morceaux d’architecture et de mobiliers urbains — socle démesuré, fragment de trottoir, treillage sectionné — côtoient les palmiers, emblème des vacances, du mode de vie farniente par excellence. En tension, se déploie un paysage où fantasmes de repos sans répit flirtent avec les traces d’un mode de vie structurée par le capitalisme. La sculpture À (2021) par exemple, reprend la forme d’un distributeur automatique, élevée en totem. Mais sa fonction est détournée : l’écran révèle non pas la somme accumulée sur son compte bancaire, mais des échanges amoureux envoyés aux heures les plus tardives. Indira Béraud, mars 2023

Margot Pietri, l’émotion de remettre la main sur la technique

Au-delà d’une possible signature, les graffitis témoignent d’une adresse. Une indication géographique ou temporelle à destination d’un lecteur. Une information minimale vouée à faire corps avec le temps. Au musée de la céramique de Lezoux, les signes et symboles laissés par les potier.e.s romain.e.s entrent en écho au travail de Margot Pietri et induisent une réflexion sur l’archéologie présente et à venir et les traces auxquels parvienent les sociétés. Une croix, une ligne, une figure géométrique n’ont pas de sens hors d’un plan, hors d’un référentiel commun. Ils peuvent dans le code Hobo, prévenir le.a vagabond.e d’éventuels dangers mais pour d’autres communautés leurs significations seront radicalement différentes. Les indices que laisse l’artiste ne s’éclairent que lorsqu’on les considère dans un milieu, que lorsque les œuvres s’établissent en réseau. Produits en série, mais faits à la main, les objets en terre-cuite conservés dans les galeries répondent aux mêmes formes mais avec des imperfections, des singularités. Les sculptures de bois et de résine reprennent elles aussi des formes génériques, mais sans utilisation de moules, avec la trace de chaque geste. Ces détails nous révèlent des systèmes de production qui se réfèrent à des standards mais sans avoir les moyens ou la volonté de l’appliquer. Comme le rappelle l’architecte Philippe Rahm, c’est l’étude des infrastructures qui révèle le plus de connaissances sur une civilisation, ses savoir-faire technologiques, son organisation politique, sa gestion économique voire même ses principes philosophiques. Les réseaux de canalisation ou les fondations des bâtiments romains nous font regarder nos propres réseaux électriques et communicationnels, la façon dont nos bornes traduisent une emprise sur le territoire. Les Horodateurs, compteurs de gaz, boîtier télécom et boîte postale dont Margot Pietri s’inspirent font partie du paysage ; elles révèlent un pays enterré loin des interfaces auxquelles nous sommes habitués. De plus en plus technicien, le monde moderne tel que l’avait analysé Radovan Richta ne considère plus l’homme comme facteur de production principal mais l’invention scientifique et l’innovation technique. Nous sommes ainsi entourés de machines que nous ne comprenons pas individuellement mais qui s’assistent mutuellement pour garantir les conditions de vie moderne et les plateformes de communication qu’elle implique. L’artiste, au travers de la fiction imagine ce que pourraient nous enseigner ces objets techniques, que le design cherche toujours aujourd’hui à rendre plus discret. Les sculptures au sol de Margot Pietri reposent sur un équilibre des matériaux, même l’assemblage des pièces au mur crée une tension. Des réglettes métalliques dont les curseurs sont des mains nous invitent à retrouver un sens de la mesure, à s’impliquer émotionnellement auprès de ces bornes dont les titres établissent une forme de dialogue : 0 notifs, tout va bien, oubli d’actualiser, inadéquat,…. Au-delà de rappeler des fonctions symboliques, l’artiste insiste sur les variants, les degrés entre la lune et le soleil, le on et le off, la tristesse et la joie. Toute sa proposition repose en vérité sur les humeurs que véhiculent ses sculptures-totems tant par leurs couleurs du bleu de l’eau au jaune de l’avertissement que leurs aspects vieilli ou mouillé et leurs formes. Le néologisme formée par l’artiste d’mfascia, contraction d’empathie, de face et de fascia, ces membranes qui agissent comme de liants à l’échelle des corps, permet d’évoquer un faisceau de relation complexe entre l’homme et la technique sans nier la part d’affect qui est associée. Les sculptures appellent à une interaction avec les corps, les courbes, les angles ergonomiques, ont quelque chose de préhensible. À la limite de l’objet transitionnel, ces bornes investis de croyances, d’émotions définissent de nouvelles écritures, de nouvelles limites à même de traduire le contemporain. Henri Guette, pour la revue la Belle revue mai 2021

l'mfascia, 2020, Hors-les-murs IAC, Villeurbanne

Au commencement, Margot Pietri écrit. Un récit d’anticipation qui raconte un monde sans soleil. Ce monde, c’est le nôtre, mais pas totalement non plus puisqu’avec la perte de l’étoile, toute capacité à ressentir aurait disparu. Alors ce monde, il semble aride, brut, âcre. Il est peuplé d’individus qui ne savent pas aimer et qui ne connaissent pas la haine, des individus monotones, sorte d’automates hermétiques, des numéros de série. Pour fonctionner, les habitants se rechargent auprès de sculptures ; elles fournissent en énergie, approvisionnent en sensations – un simulacre d’émotions, normées et quantifiées. Ce sont elles – les sculptures – qui parsèment l’espace de l’exposition l’mfascia. Ainsi, pour son premier solo show, Pietri déploie un paysage urbain, un terrain de transaction. Marc Augé nomme « non-lieux » ces aires de passages, publiques et anonymes, avec lesquels l’humain entretient une relation de consommation. À mi-chemin entre distributeur automatique et borne de recharge de voitures électriques, les œuvres qui trônent au sol suggèrent des machines aliénantes. Faites de fibre de verre, d’acier, de bois et de résines, elles semblent défaillantes et leur équilibre précaire, comme si, déjà, elles étaient obsolètes. Le vernis a laissé place aux traces de rouille et les couleurs, blêmes, diaphanes, parfois humides, sont passées. Au mur, les instruments de mesure se succèdent. Ils permettent d’évaluer le niveau d’empathie, jauger un lien social maintenu tant bien que mal. Des émojis font office de curseurs, témoignant d’une forme de lissage des modes d’expression dont le sens se dilue. Si dans cette zone désaffectée, tout se rapporte à une humanité anesthésiée, nulle représentation de l’espèce, seul siège un petit singe perché haut sur un mur. Figure allégorique de l’évolution, il contemple la scène en se bouchant les oreilles. Indira Béraud pour la revue Artpress mars-avril 2021

Bourse révélation Emerige, 2019

Un jour d’éclipse, Margot Pietri a fantasmé un monde marqué par la disparition de l’astre-repère de l’humanité depuis des millénaires, le soleil. L’artiste en tira plusieurs conclusions, dont l’extinction d’espèces et de formes de vie terrestres, l’obsolescence de croyances et méthodes de mesure axées sur le soleil (les horloges, le cycle du jour…) et la nécessité de renégocier les rythmes de travail. Ce scénario aux accents post-apocalyptiques lui a alors inspiré une série de textes et de paysages sculpturaux. Ils sont peuplés de signes et d’outils « au repos » comme des boussoles et des cadrans ayant tous complètement perdu le nord, à savoir ne montrant, ne transformant ni n’indexant en fait plus rien. Laboratoire de résilience, cette fiction post-soleil a des allures de science-fiction mais elle permet surtout à l’artiste de cartographier et d’articuler un déboussolement contemporain généralisé face à la nécessité d’actualiser nos modes de pensées. Dans Logiques des mondes, le philosophe Alain Badiou forgeait un concept : celui de « monde atone » pour décrire un réel où « on communique à l’infini », où « il n’existe aucun point » et où tout est si ramifiés et nuancés qu’aucune instance supérieur ne permet de prendre une décision. Du bouleversement climatique à la fin des grands récits fédérateurs en passant par déconstruction opérée par la pensée critique : « l’atone » nous guette malgré tous ces GPS à porté de mains. Comment se positionner ? Où atterrir ? Par rapport à quoi ? Les repères millénaires s’effondrent lorsqu’ils ne s’effritent pas. Et après ? Margot Pietri en sauve certains du naufrage et donne précisément consistance aux états émotionnels qui découlent de ce moment où un monde se dissout et un nouveau, balbutiant, émerge. À partir des restes, fragments, ruines et signes qu’elle efface ou laisse apparaître dans ses sculptures, Margot Pietri construit un terrain fertile de la désorientation, posant les bases pour une nouvelle science expérimentale à même d’esquisser à nouveau une ou plusieurs directions communes. Julie Ackermann pour le catalogue d’exposition de la Bourse Révélation Emerige 2019

Expositions personnelles

2024jours de relâche — Galerie Valeria Cetraro, Paris (FR)
2023serrer — La Serre, Centre d’art de Saint-Étienne (FR)
2020l’mfascia — Institut d’art contemporain, Villeurbanne — Musée de la céramique, Lezoux (FR)

Expositions en duo

2026Les infiltré.es — La Bf15, Lyon (FR)
2026Troubles mineurs — Galerie Joseph x Poush, Paris (FR)
2024Chronique d’un temps mauve — Galerie Valeria Cetraro, Paris (FR)
2023Entre deux eaux — DS Galerie, Paris (FR)
Paris Dance Project — Philharmonie de Paris, Hangar Y, Poush — cur. Benjamin Millepied (FR)
2016Narrative Background — GLASSBOX, Paris — (FR)

Expositions collectives

2026À déchiffrer — Musée d’Art Moderne et Contemporain, Saint-Étienne (FR)
2025De l’utile à l’agréable — Poush, Aubervilliers (FR)
2025Fictions — HD Galerie — cur. Hermeline Guillot-Noël & Noémie Vidé (FR)
2024Revenir du présent — Collection Lambert, Avignon — cur. Stéphane Ibars & Yvannoé Krüger (FR)
Les conjugueuls — CAC Brétigny — cur. Valentina Ulisse (FR)
Channels — FigureFigure — CACN, Nîmes (FR)
Good Morning Hammer — Chez KIT, Pantin (FR)
Médailles — Galerie Julie Caredda, Paris (FR)
2022Novembre à Vitry — Galerie municipale Jean Collet, Vitry (FR)
Service Continu — La volonté 93, Saint-Ouen (FR)
Ba-Basrelief — Les Limbes, Saint-Étienne — (FR)
In plano — Saint-Denis — (FR)
2021L’ami indirect — Cité des Arts, Paris — (FR)
ACME vision — SB34-The Pool, Bruxelles — (BE)
Le bonheur-du-jour — Double Séjours, Clichy — (FR)
Empire et Royaume — ART-O-RAMA, Friche la Belle de Mai, Marseille — (FR)
The First Meal — Poush Manifesto, Clichy — (FR)
Le fragment des saisons collecte le pli du trait — Atelier Babiole, Ivry — (FR)
To exhibit in case of emergency — Cité des Arts, Paris — (FR)
Avalanche — Galerie Pal Projects, Paris — (FR)
2019Comme les mots paraissent exsangues — La Générale, Paris — (FR)
L’effet falaise — Voltaire, Bourse Révélations ÉMERIGE, Paris — (FR)
Cette histoire qu’on découvre en creusant la terre — L’Orfèvrerie, Saint-Denis — (FR)
2018L’architecture d’une fraction — Galerie GAD, Paris — (FR)
[EXTRA]TERRESTRE(S) — Cabane Georgina, Marseille — (FR)
Partout, mais pas pour très longtemps — ELAC, Lyon — (FR)
What about 2222? — Le FDP, Paris — (FR)
Sur la page, abandonnés 2 — AU LIEU, Paris — (FR)
2017Tenaces promesses, dérision magnifique — La Station, Paris (FR)
Jeune création 67e — Galerie Thaddaeus Ropac, Pantin (FR)
Étape de résidence #2 — Mains d’Œuvres, Saint-Ouen (FR)
L’à-peu-près — Atelier Faltot, Montreuil (FR)
2016Vente de Noël — Mains d’Œuvres, Saint-Ouen (FR)
2015Burn out — L’Amour, Bagnolet (FR)
Faust résurrection — GLASSBOX, Paris (FR)
Aperçu avant impression — Friche la Belle de Mai, Marseille — cur. Astérides (FR)
2014The night of the tumblr on fire — Palais de Tokyo, Paris — cur. Marie de Brugerolles (FR)
Ne travaillez jamais — Laboratoires d’Aubervilliers (FR)
2013Global Club# — OBORO Art Center, Montréal (QC)

Presse et catalogues

2025Les Inrockuptibles n°40 — Yannick Haenel
2024Revenir du présent — DILECTA, Collection Lambert
2023Geste/s — Beaux Arts Magazine
2021La Belle Revue — Henri Guette
Artpress — Indira Béraud
2019L’effet falaise — ÉMERIGE
FigureFigure — Indira Béraud

Prix / Bourses

2024CNAP — Aide à la première exposition en galerie
DRAC Hauts-de-France — Aide Individuelle à la Création
2023Lauréate du prix d’encouragement de la peinture — Académie des Beaux-Arts & Institut de France
2022Sélectionnée pour le prix “Novembre à Vitry”
2021Lauréate prix des ami.es de l’Institut d’Art Contemporain de Villeurbanne
2019Sélectionnée pour la Bourse Révélations Émerige
Production Lafayette Anticipations — trophée du prix SIMI d’architecture

Collection publique

2025Frac-Artothèque Nouvelle-Aquitaine
2023Musée d’art moderne et contemporain de Saint-Étienne

Résidences

2026Arts&Rec, OSMOS residency — État de New York (US)
2025Institut Français — Villa King Mongkut, Bangkok (TH) — Villa Marguerite Duras (KH)
2020-21Cité internationale des arts — Paris (FR)
2020Moly Sabata — Sablons (FR)
Cabane Georgina — Marseille (FR)
2018L’Orfèvrerie — Manifesto Paris — Saint-Denis (FR)
2017Mains d’Œuvres — Saint-Ouen (FR)
2015Le Bel Ordinaire — Pau (FR)

Publications fictions

2018La dominante est rouge — Catalogue d’exposition
2017Fire Night — Les Éditions Extensibles
Jeune création 67 — Catalogue
Dear Z — Métacarpe revue
2016À petits singes, Zut — Revue Multitudes
2015Faust — GLASSBOX, Paris
Autonomie d’une diversion — OUSTE n°23
2014Une génération photogénique — Laboratoires d’Aubervilliers

Interventions / conversations

2023Collège Jacques Prévert — Migennes (FR)
2022-26Apprends et rêves — Paris 16e (FR)
2019-2020École élémentaire Romainville — Paris 19e (FR)
2019Projet “Plus-que-présent” — Collège Paul Langevin (Drancy)
2018Médiatrice — Jeune Création 69
Membre — Jeune Création 68
2017Radio Campus — Galerie Thaddaeus Ropac
2015Sorbonne Paris 3 — Colloque poésie expérimentale

Formation

2014DNSEP — ENSBA Lyon
2012DNAP — ENSBA Lyon